Un psychologue clinicien qui utilise les mêmes grilles d’évaluation qu’il y a dix ans risque de passer à côté de troubles aujourd’hui mieux documentés. Les connaissances en santé mentale évoluent vite, et la formation continue permet aux professionnels de rester alignés avec les pratiques fondées sur les données probantes. Encore faut-il savoir quelles formations choisir parmi une offre pléthorique.
Obligations DPC en santé mentale : ce que la programmation 2023-2025 change concrètement
Vous exercez une profession de santé réglementée ? Le Développement Professionnel Continu (DPC) vous concerne directement. Pour la période 2023-2025, les orientations nationales de l’ANDPC intègrent explicitement la prévention du suicide et la santé mentale parmi les priorités, au même titre que la douleur ou les soins palliatifs.
En pratique, cela signifie que médecins, infirmiers et autres professionnels soumis au DPC doivent démontrer un parcours cohérent sur trois ans. Intégrer au moins une action de formation en santé mentale dans ce parcours n’est plus un bonus, c’est un levier pour valider ses obligations réglementaires.
Le piège fréquent : se concentrer uniquement sur des formations techniques somatiques et négliger le volet psychique. Un parcours DPC qui ignore la santé mentale alors qu’elle figure dans les orientations nationales sera plus difficile à défendre lors d’un contrôle.

Formations sur les troubles du neuro-développement : un socle actualisé
Les troubles du neuro-développement (TND) font l’objet de repères nationaux de formation récemment publiés. Ce cadre de référence ne constitue pas un programme clé en main à suivre tel quel. Il vise plutôt à garantir que les contenus proposés par les organismes reposent sur des données probantes.
Pourquoi ce cadre est utile pour un professionnel de la santé mentale ? Parce qu’il rend l’offre de formation plus lisible. Avant ces repères, deux diplômes universitaires portant sur le TDAH ou le TSA pouvaient couvrir des contenus radicalement différents sans que le professionnel puisse comparer facilement.
Concrètement, les repères nationaux TND facilitent la montée en compétences pluridisciplinaires. Un psychiatre, un orthophoniste et un psychomotricien qui suivent des formations alignées sur ce socle partagent ensuite un vocabulaire et des références communes. Le travail en équipe s’en trouve simplifié.
Choisir entre DU, DIU et formation courte
Plusieurs formats coexistent dans ce domaine. Les diplômes interuniversitaires (DIU) sur le TDAH ou le TSA s’étalent souvent sur une ou deux années et offrent une spécialisation poussée. Les formations courtes, sur quelques jours, ciblent un aspect précis : le repérage, l’utilisation d’une échelle d’évaluation, la gestion en groupe.
Le choix dépend de votre objectif. Si vous souhaitez réorienter votre pratique vers les TND, un DU ou DIU se justifie. Si vous cherchez à affiner un geste clinique particulier, une formation courte suffit.
Psychotraumatisme et santé mentale périnatale : deux spécialisations à forte demande
Certaines formations répondent à des besoins cliniques en expansion rapide. Deux domaines se distinguent par la densité de l’offre et la demande des professionnels.
- Psychotraumatisme de l’enfant et de l’adolescent : des DIU spécialisés existent, notamment à l’Université de Strasbourg. Ces cursus couvrent le repérage, l’évaluation et les protocoles de prise en charge adaptés aux mineurs, un public pour lequel les outils adultes fonctionnent mal.
- Santé mentale périnatale : les formations mixtes (présentiel et e-learning) sur le dépistage et l’accompagnement des dépressions parentales périnatales se multiplient. Elles s’adressent aussi bien aux sages-femmes qu’aux psychiatres ou aux infirmiers.
- Addictions et comorbidités psychiatriques : les interactions entre troubles psychiques et conduites addictives font l’objet de formations en classe virtuelle ou en e-learning, souvent éligibles au DPC. La prise en charge intégrative (traiter simultanément l’addiction et le trouble psychiatrique) y est centrale.
Ces trois axes partagent un point commun : ils concernent des situations où le cloisonnement entre disciplines produit des prises en charge incomplètes. La formation continue sert ici à construire des compétences transversales, pas seulement à approfondir une spécialité.

Formats de formation continue en psychiatrie : présentiel, e-learning ou mixte
Le format influence directement ce que vous retiendrez. Un module e-learning de six heures sur le repérage de la dépression adulte convient bien pour acquérir des connaissances théoriques à son rythme. En revanche, l’apprentissage d’échelles d’évaluation comme l’ELADEB-R ou l’AERES gagne à être pratiqué en présentiel, avec des mises en situation.
Critères pour évaluer la qualité d’une formation
Face à la multiplication des organismes, quelques repères aident à trier.
- L’éligibilité DPC ou la prise en charge FIFPL (pour les psychologues libéraux) garantit un minimum de contrôle qualité sur le contenu pédagogique.
- La présence d’intervenants cliniciens en exercice, et pas uniquement d’enseignants universitaires, favorise le lien entre théorie et pratique quotidienne.
- Un programme qui précise les objectifs pédagogiques en termes de compétences observables (et pas seulement de thèmes abordés) permet de savoir exactement ce que vous saurez faire après la formation.
- Les formations adossées à un partenariat entre université et établissement de soins offrent souvent des stages ou des observations cliniques intégrés au cursus.
Un dernier point mérite attention : vérifier que le contenu repose sur des recommandations de bonnes pratiques actualisées. Un programme qui cite encore des classifications ou des protocoles abandonnés depuis plusieurs années est un signal d’alerte.
La formation continue en santé mentale ne se résume pas à cocher une case réglementaire. Pour un professionnel qui reçoit des patients chaque semaine, chaque compétence nouvelle acquise se traduit directement dans la qualité de la relation thérapeutique et la pertinence des soins proposés.